Note utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 

Logo Poljot

L’histoire de l’horlogerie russe n’a jamais été simple à retranscrire. Aujourd’hui il demeure de nombreux flous sur l’état actuel des marques principales issues des premières manufactures soviétiques.

« Poljot » est l’une des plus grandes références des fabricants de montres russes, et elle n’échappe pas à la règle, au point de ne plus vraiment savoir d’où proviennent les nombreux modèles trouvables sur Internet et qui les produits.

L’histoire de « Poljot » n’en demeure pas moins très intéressante.

En 1927, le marché horloger russe est quasi inexistant. Les montres que l’on peut trouver à cette époque en Russie sont des importations étrangères. Le concile du travail et de la défense exprime le besoin pour la Russie d’avoir une production locale, en premier lieu pour un usage militaire.

Résumé du décret
Résumé du décret (source http://birthofsovietwatchmaking.blogspot.fr/)

 

Beaucoup de fabricants européens sont approchés, mais ils refusent de coopérer en raison de la mauvaise image du régime communiste à l’étranger depuis la révolution de 1917.

À la fin de 1929, la société « Amtorg ( Amerikanskaia Torgovlia) », la première entreprise d’import/export de l’Union soviétique présente aux Etats-Unis rapatrie les machines-outils de deux sociétés américaines en faillite, l' "Ansonia Clock Company of Brooklyn, New York" et la "Dueber-Hampden Watch Company of Canton, Ohio" dans les locaux d’une usine de tabac à Moscou, la « Red Star Tobacco Factory».

Locaux de la
Locaux de la "Red Star Tobacco Factory"

Une vingtaine de techniciens sont du voyage pour relancer la production directement depuis le sol russe. Les premiers modèles sont d'ailleurs estampillés du logo des compagnies américaines. Cela n’empêche pas en novembre 1930, l’organisation d’une présentation officielle au théâtre bolchoï des 50 premières montres estampillées made in Russia.

Equipe d'origine de l'usine
Equipe d'origine de l'usine avec les techniciens américains (source : http://birthofsovietwatchmaking.blogspot.fr/)

Le début de la production n’est pas simple et la qualité pas encore au niveau espérée.

À la suite de l’assassinat du révolutionnaire bolchevik Sergeiv Kirov l’usine prend officiellement le nom de « 1st Moscow Watch Factory Kirov » et le nom de ce dernier apparaît sur de nombreux modèles.

C’est dans cette même période que le premier chronographe soviet est produit.Les machines-outils ont également été améliorées et c’est en 1940 que la "Commander" réservée aux officiers de l'armée rouge, un vrai succès après déjà 2,7 millions de pièces produites depuis l’ouverture de l’usine. À noter que le savoir-faire français à quelque peu participé à cette montée en gamme, puisque c’est Fred Lipman, fondateur de la marque anciennement hexagonale « LIP » qui a fourni une partie de son savoir-faire et de ses ressources à la Russie à partir de 1936. (Ce qui explique que l’on trouve des montres « LIP » estampillées made in Russia). Mais son influence sera surtout visible dans l’histoire d’une autre marque russe mondialement connue: "Raketa".

Revenons à la « 1st Moscow Watch Factory Kirov ». Avec l’arrivée des Allemands sur le sol russe au cours de la Seconde Guerre mondiale l’usine est délocalisée à Zlatooust ou elle va participer à l’effort de guerre par la fabrication de montres, notamment pour l’armée de l’air et la marine.

Lorsque l’usine est à nouveau ramenée à Moscou, en 1943, elle prend le nom de "First Moscow Watch Factory" et n’a plus comme seule vocation de répondre aux besoins militaires. En 1946 apparaît la marque « Pobeda » (très prisée des collectionneurs aujourd’hui), un surnom de Staline signifiant « Victoire ». L’usine va d’ailleurs produire de nombreuses montres sous différents sobriquets, toujours en l’honneur du peuple soviet et de ses dirigeants.

Montre Podeba
Montre Podeba

1947 verra l’arrivée des premiers chronographes de marine.

La production ne cesse d’augmenter et en 1949 la marque « Sturmanskie » est créée, mais réservée dans un premier temps à l’armée de l’air.

En 1951 la manufacture produit 1,1 million de montres.

Le premier mouvement automatique russe apparaît, en 1956, avec la montre « Rodina ». 

Montre Rodina
Montre Rodina

Chaque réussite russe s’accompagne d’une montre produite par la "First Moscow Watch Factory", comme la « Sputnik » en référence au fameux satellite lancé en 1957.

Montre Sputnik

En 1959, c’est au tour de la « Signal » de voir le jour, première montre russe avec alarme. C’est aussi l’apparition de l’usage du nom « Strela », qui va devenir célèbre puisqu’il sera associé au chronographe porté par le cosmonaute Alexei Leonov lors de la première sortie dans l’espace d’un être humain en 1695.

Toujours, en 1959, l’usine est autorisée à exporter au Royaume-Uni sous la marque « SEKONDA » (marque qui existe toujours, mais n'a plus rien à voir avec ses origines).Ce n’est qu’en 1960, qu’est produite la première montre estampillée « Poljot » signifiant « Vole » en référence aux efforts russes autour de la conquête spatiale.

La marque a donc d’abord représenté une gamme de montres fabriquées par la « First Moscow Watch Factory » qui continu de connaître le succès lorsque Yuri Gargarin, le premier homme à voler dans l’espace en 1961, emporte avec lui une montre issue des chaînes de la manufacture (un doute subsiste d’ailleurs toujours sur la référence utilisée malgré le discours marketing de la marque actuelle « Sturmanskie »)

L’année 1964 verra apparaître la montre "Orbita" avec un calibre automatique et 29 rubis. C’est à partir de cette année que la majorité des modèles de l’usine sera marquée du nom de "Poljot".

Montre Orbita

En 1966 l’usine est un symbole de réussite pour l’URSS qui lui délivre l’Ordre de Lenin.

C’est aux débuts de 1970 qu’apparaissent les premières versions du calibre chronographe 3133, encore largement exploité de nos jours. Dérivé d’un calibre suisse Valjoux 7734, lui-même dérivé d'un calibre suisse Venus 188, le 3133 est devenu un best-seller de « Poljot » qui a continué à l’exploiter jusqu’en 2004, en n'ayant opéré que très peu de modifications.

Calibre Poljot 3133 (source : http://www.polmax3133.com/)

En 1975, c’est le chronographe « Okeah » qui est produit, associé à la mission Soyouz 23, car porté par le cosmonaute Rodjestvenski. Ce vol est connu à cause des problématiques techniques qui se sont succédé et qui ont fini par le crash de la capsule de secours en plein milieu d’un lac gelé, le lac Tengiz. Après plus de 11h, les deux cosmonautes de la mission ont pu être sauvés à la surprise générale, tout le monde croyant à la mort de l’équipage en raison des conditions extrêmes de leur atterrissage. L'histoire ne dit pas si l' "Okeah" fonctionnait toujours mais elle est devenue un modèle mythique de "Poljot".

Montre OKEAH

En 1976 le calibre 3133 est produit à grande échelle et devient le compagnon régulier des aventuriers de l’espace Russes, Ukrainiens, Français et Allemands, permettant au mouvement d’obtenir le record du monde de durée de vol dans l’espace. À cette époque, la « First Moscow Watch Factory », à travers ses montres « Poljot », bénéficie d’une très solide réputation. Les montres russes sont appréciées et reconnues pour leur fiabilité malgré le succès grandissant des calibres à Quartz. Difficile de trouver plus d’informations à partir de cette date, mais le succès de ce qui est maintenant devenu une marque ne semble pas s’arrêter.

En 1990, la production est donnée à 5 millions de pièces avant que la dislocation de l’URSS donne le départ à la chute de « Poljot ». Le volume des ventes va progressivement diminuer. Cela va conduire la « First Moscow Watch Factory » à céder une partie de ses biens à d’autres entreprises (comme Vostok qui va reprendre la fabrication de certains calibres).La situation va encore se compliquer avec l’arrivée du milliardaire Seirgei Pugachev qui va racheter la marque « Poljot » dans les années 2000 avec l’ambition d’en faire un produit de luxe. "Poljot" lance dans la foulée des rééditions des modèles phares de la manufacture. Vous trouverez ci-dessous une vidéo (source YouTube) tournée dans les locaux de l'entreprise en 2002.

L’usine va donc encore produire des calibres jusqu’en 2004, où suite aux déboires juridiques de son nouveau propriétaire, « Poljot » se retrouve en faillite. Seirgei Pugachev est vu forcé de quitter la Russie et de s’expatrier en France, accusé d’avoir provoqué la chute de nombreuses entreprises et d’être partie avec les restes de caisse.

Suite à cela, c’est installé un véritable flou « artistique » autour de « Poljot ». D’anciens salariés de l’usine décident de racheter les chaînes de fabrication des calibres 3133 pour maintenir la production sous une nouvelle marque « Maktime ». D’abord installé dans les locaux de l’usine, « Maktime » va délocaliser les machines-outils dans une nouvelle usine au sud-est de Moscou.

Parallèlement, c’est mise en place la société « Volmax » afin de produire des modèles de montres russes plus modernes sous différentes marques : Aviator, Buran (devenu Buran SA en suisse et n’emboîtant plus que de l’ETA), Sturmanskie… D’autres références sont apparues également revendiquant l’histoire de « Poljot » comme « Poljot International », « Poljot Trade »…Tous ces produits avaient comme point commun au départ d’utiliser des calibres fournis par « Maktime » conçus à partir des machines-outils de la « First Moscow Watch Factory ».

Calibre 3133 de Maktime

Mais « Maktime » arrête sa production en 2011. Les calibres que l’on peut trouver dans certains modèles actuels sont des fins de stocks. Les marques nommées précédemment emboîtent donc désormais un peu de tout, passant de l’ETA de bonne qualité à du mouvement chinois obscur. Des mouvements japonais « Myota » sont également utilisés. Ce qui est certain, c’est que depuis 2004, plus aucune montre « Poljot » n’a été produite. Tout ce qui reste trouvable sur Internet est soit des montres issues des stocks d’époques, soit des montres reconstituées à base de pièces d'origines et de pièces refabriquées, le plus souvent en Chine.

La marque « Poljot » en elle-même est toujours existante, mais ne produit plus de montre et officiellement aucune autre société n’a le droit d’utiliser ce nom. Ce qui n’est pas le cas de certaines gammes de montres, comme « Strela » dont le titre a pu être racheté par certains assembleurs. Actuellement, des distributeurs comme « utimateconcept » en France (http://www.lesmontresrusses.com/) ou "Maier" (http://www.maier-uhren.de/) en Allemagne sont considérés comme des revendeurs officiels des marques gérées par « Volmax ».

Ces dernières pourraient être considérées comme les plus légitimes à exploiter l’historique de "Poljot". D'autres assembleurs, dont beaucoup sont basés en Allemagne comme « Juri Levenberg » proposent des montres inspirées des modèles historiques, exploitant souvent des pièces issues des stocks de la « First Moscow Watch Factory ». Les produits proposés n’en demeurent pas moins qualitatifs et peuvent prétendre à des origines russes. Mais les garanties associées sont moindres, de même que l’origine des mouvements qui peuvent changer, d'où quelques mauvaises surprises de temps en temps.

Montre Strela moderne
Montre Strela moderne

En résumé, « Poljot » n’est plus qu’un nom qui évoque avec nostalgie les années fastes de l’horlogerie russe. D’abord une gamme de produits issus de l’illustre « First Moscow Watch Factory », elle est devenue une marque à part entière associée à des montres de qualité. Malheureusement, « Poljot » est maintenant plus mêlée à des déboires juridiques qu’à la fabrication de produits horlogers. Il reste possible de trouver des montres qui ont hérité du savoir-faire russe, grâce à des marques largement distribuées sur le web. Ces dernières ont construit leur production sur l’héritage de la « First Moscow Watch Factory », et donc de « Poljot ». Il convient de rester cependant très prudent et de retenir les bonnes adresses. Privilégiez les forums spécialisés, méfiez-vous des offres Ebay et tâchez d’obtenir le maximum d’informations sur les calibres emboîtés. Le marché de l’occasion propose également de vastes possibilités pour tenter d’obtenir une véritable « Poljot », qui sera forcement antérieur à 2004. Mais les prix peuvent être très élevés, car de vrai « Poljot » même datées, peuvent être parfaitement fonctionnelles et présenter un très bon niveau de finition associée à d’excellentes performances. Les choses évolueront encore certainement. Cet article pourrait rapidement devenir obsolète, car le marché horloger évolue en permanence. Quoi qu’il en soit, vous trouverez ci-dessous toutes les sources que j’ai utilisées sur le sujet. Il est également possible que je me sois trompé sur certains points, les faits n’étant pas toujours simples à vérifier et les dires peuvent être changeants d’un site à un autre. N’hésitez donc pas à me contacter si vous avez des remarques ou des corrections à me communiquer.

Les sources :

http://www.russianwatchguide.com/history-russian-watches.htm

https://en.wikipedia.org/wiki/Amtorg_Trading_Corporation

http://birthofsovietwatchmaking.blogspot.fr/

http://www.polmax3133.com/

http://russianwatches.altervista.org/overview.htm

http://russia-insider.com/en/business/watches-people-story-russias-watches/ri10707

https://en.wikipedia.org/wiki/Poljot

https://sekondtime.wordpress.com/factories/

https://sekondtime.wordpress.com/watch-brands/poljot-%D0%BF%D0%BE%D0%BB%D1%91%D1%82-1st-moscow-watch-factory-1%D0%BC%D1%87%D0%B7/

http://forumamontres.forumactif.com/t62048-poljot-poljot-international-vraies-fausses-russes-fausses-vraies-chinoises

http://www.montres-russes.org/t228-exclusif-le-veritable-etat-des-lieux-des-marques-russes

 

 

 

Overall Rating (0)

0 out of 5 stars

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
  • Aucun commentaire trouvé